j'ouvre le fichier



(You're So Square) Baby I Don't Care, Elvis Presley
À nous entendre, nous nous serions crus dans un bureau de trois cent mètres carrés, le nôtre en fait à peine soixante. En tout, nous sommes quatre : le responsable du design, une nouvelle recrue, moi - le patron, et un autre employé. Notre équipe n'est pas du tout équilibrée ! Et le fait de n'être qu'entre hommes accentue ce déséquilibre. J'ouvre le fichier que Park m'a envoyé.

Park s'approche de mon bureau. En voyant l'image sur l'écran, il éclate de rire.

- Je me suis trompé de fichier. C'est la première esquisse !


- Tu vois ? C'est parce que tu travailles de la sorte que nous payons toujours le loyer en retard. Le temps d'envoyer le mauvais fichier,

 de venir jusqu'ici, de retourner à ton bureau et de m'envoyer le bon fichier, si j'ajoute le temps qu'il me faut pour l'ouvrir...


VENT D'EST / Ivan Sombre 
chronique ICI
- Mais comme tu es nul en maths, il te faudra plus de temps pour faire le calcul que je n'en ai gaspillé, me rétorque Park.

- Un employé qui crie sur le patron, c'est quoi cette entreprise !


- Une bonne entreprise !




KIM JUNG-HYUKBus errant. Je n'ai toujours pas écrit les premiers mots. - Quatre micro-fictions, une critique distrayante et osée de la société coréenne.


Titre original : Akkideuleui doseogwan. Trad. : Lee Seung-shin, Hwang Ji-young, Lee Tae-yeon, Jeong Hyun-joon, Aurélie Gaudillat. (Comment traduit-on à cinq quatre micro-fictions ?)


god help the child (délivrances)


Life On Mars, Seu Jorge

Un livre américain pour l'été, France Inter ICI

"She's sort of pretty under all that black." Neighbors and their daughters agreed. Sweetness never attended parent-teacher meetings or volleyball games. I was encouraged to take business courses not the college track, community college instead of four-year state universities. I didn't do any of that. After I don't know how many refusals, I finally got a job working stock - never sales where customers would see me. I wanted the cosmetics counter but didn't dare ask for it. I got to be a buyer only after rock-dumb white girls got promotions or screwed up so bad they settled for somebody who actually knew about stock. Even the interview at Sylvia, Inc., got off to a bad start. They questioned my style, my clothes and told me to come back later. That's when I consulted Jeri. Then walking down the hall toward the interviewer's office, I could see the effect I was having: wide admiring eyes, grins and whispers : "Whoa!" "Oh, baby." In no time I rocketed to regional manager. "See?" said Jeri. "Black sells. It's the hottest commodity in the civilized world. White girls, even brown girls have to strip naked to get that kind of attention."



God Help the Child, Toni Morrisson (Délivrancestraduction Christine Laferrière pour les éditions Christian Bourgois.) - tomorrow's another day, more later



"Elle est assez jolie sous tout ce noir." Les voisins et leurs filles étaient d'accord. Sweetness n'assistait jamais aux réunions parents-professeurs ni aux matchs de volley-ball. On m'a encouragée à suivre des cours de gestion, pas la voie universitaire : un centre de premier cycle au lieu d'une université où l'on reste quatre ans. Je n'ai rien fait de tout cela. Après je ne sais combien de refus, j'ai fini par obtenir un emploi dans lequel je m'occupais de stock : jamais de la vente, où les clients m'auraient vue. Je voulais le comptoir des cosmétiques mais je n'osais pas le demander. J'ai fini par devenir responsable des achats seulement après que des jeunes Blanches complètement idiotes ont obtenu de l'avancement ou tellement merdé qu'ils ont dû se contenter de quelqu'un qui, en fait, connaissait les stocks. Même l'entretien chez Sylvia, Inc. avait mal démarré. Ils avaient mis en doute mon style, mes vêtements, et m'avaient dit de revenir plus tard. C'est à ce moment-là que j'ai consulté Jeri. Ensuite, quand j'ai longé le couloir pour aller au bureau de la personne chargée des entretiens, j'ai bien vu l'effet que je produisais : des yeux écarquillés et admiratifs, des grands sourires et des chuchotements : "Ouah !" "Ah chérie !" En un rien de temps, j'ai été propulsée au poste de directrice régionale. "Tu vois, a dit Jeri. Le noir fait vendre. C'est la matière première la plus en vogue du monde civilisé. Les Blanches, et même les filles café au lait, il faut qu'elles se mettent à poil pour obtenir ce genre d'attention."

la magie dans les villes


Reality and Fantasy, Raphael Gualazzi/Gilles Peterson Remix

# Books Love & Music

Rien ne devrait finir. Tout ce qui finit l'attriste. C'est aussi simple que cela. Les livres ne devraient pas pouvoir se refermer, ni les contes prendre fin. Que les histoires finissent bien ou mal, il s'en moque. Ce qui l'embête, c'est qu'elles se terminent. Il aime toutes les femmes qu'il a aimées un jour - celles qui sont parties depuis longtemps. Il aime tous les amis qui lui ont tourné le dos et même les chansons dont il a oublié les paroles. Il en veut à la nuit d'éclipser le jour mais chaque matin, il se sent inconsolable en la voyant disparaître. Il n'aime ni les fins de repas, ni les fins d'après-midi, ni les fins de parties. S'il s'écoutait, il ne se coucherait ni se lèverait jamais. Au fond, il est tout le temps triste parce que tout finit tout le temps. À peine met-on un pied devant l'autre que pfuit !

- Enfin, sur quelle planète vis-tu ? lui dit sa femme. On n'est pas des buvards ! Si rien ne finissait jamais, la vie ne serait qu'un long et pénible quart d'heure. Tu passerais ton temps la bouche pleine et les yeux embués. Il faut se faire de la place. Si rien ne finissait jamais, on aurait l'âme plus filandreuse qu'une viande trop cuite. Les choses finissent - c'est pour qu'on puisse recommencer.

- Ce n'est pas vrai, insiste-t-il. Les choses finissent parce qu'elles manquent de souffle ou parce qu'on manque de souffle pour elles. Pour se faire de la place il suffit de se pousser un peu - comme dans le métro aux heures de pointe. Il ne faudrait rien lâcher. Ne jamais rien lâcher.




La Magie dans les villes, Frédéric Fiolof chez Quidam Éditeur La Magie dans les villes, première oeuvre de Frédéric Fiolof, fourbi de fragments-pépites de poésie, tire le portrait d'un écrivain au talent de conteur.

(as cool as i am) lucy in the sky



Grizzly Bear, Angus & Julia Stone Books Love & Music
Je ne fermai pas les yeux, ça aurait eu l'air trop bête. Mais je regardai mes pieds, pour lui donner une chance. Il m'étonna en allant très vite, comme si c'était un gage dont il voulait se débarrasser. Un petit bisou sur la joue.

Je battis des paupières.


- J'ai pas été claire quand je t'ai expliqué que j'étais pas ta mère ?
- Quoi ?
- C'est comme ça que tu embrasses ta mère. Ou ta soeur.
- J'ai pas de soeur.
- Kenny, embrasse-moi comme une femme.
- Comment je suis censé savoir comment une femme embrasse ?
- Kenny !
- Tu prétends être une femme maintenant ?
- Je fis les gros yeux.
- Sur la bouche, Grand Chef. Maintenant ou jamais.



I enjoyed every bite of As Cool As I Am, Pete Fromm (Lucy in the sky, trad. Laurent Bury pour les éditions Gallmeister, collection NATURE WRITING) - Dans une petite ville paumée du Montana, une gamine de quatorze ans est livrée à elle-même. Un bien joli roman triste, ensoleillé par la personnalité vive et attachante de Lucy.

I didn't close my eyes. That seemed too corny. But I looked down, giving him a chance. He surprised me, moving fast, like it was a dare he had to get over with. A peck on the cheek.


I blinked. 


"Did I fail to make it clear that I am not your mother?"

"What?"
L'Amérique à Oron, le programme 

"That's how you kiss your mom. Or your sister."
"I don't have a sister."
"Kenny, kiss me like a woman."
"How'm I supposed to know how a woman kisses?"
"Kenny!"
"Are you pretending to be a woman now?"
I glared at him. "On the lips Colonel. Now or never."

'ENNEMI PERDU'

Books Love & Music

Bella Ciao, Giovanna Marini
"C'est ça, fiston, c'est comme ça qu'on avance! 

En silence, comme les chats, comme les partisans! La surprise, toujours la surprise!


'Ennemi surpris, ennemi baisé !' répétait le professeur...

  
Bella Ciao, Giovanna Marini
Enfin, il disait 'ennemi perdu', 
parce qu'il avait de l'instruction; mais ça sonnait plus juste à notre façon... 


Oui, maintenant, attaque!