"j'ai quelque chose à te dire"

- Qu'est-ce qu'il y a Jacques ? Tu... ne vas pas me quitter ? 
Matador, Mickey 3d

Un rendez-vous dans un bistrot et "j'ai quelque chose à te dire", c'est pour éviter que ça se passe en tête à tête ?

- J'ai eu beaucoup de mal à me débarrasser d'un triste individu et j'avais hâte de te revoir, c'est tout. J'étais souvent malheureux dans ce café 



quand j'avais vingt ans, et il était grand temps que ça change.

Nos coudes étaient sur la table et nos mains se tenaient. Ses yeux se remplirent de larmes.

- Jacques, qu'est-ce qu'on fait quand on est complètement heureux ? On se fait sauter la cervelle ou quoi ? J'ai l'impression d'être une voleuse. Le monde n'est pas fait pour ça.

- En général, ça se tasse. Il paraît qu'il ne faut pas avoir peur du bonheur. C'est seulement un bon moment à passer.



Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Romain Gary - s'attaque à un sujet tabou.

j'ouvre le fichier


(You're So Square) Baby I Don't Care, Queen 
À nous entendre, nous nous serions crus dans un bureau de trois cent mètres carrés, le nôtre en fait à peine soixante. En tout, nous sommes quatre : le responsable du design, une nouvelle recrue, moi - le patron, et un autre employé. Notre équipe n'est pas du tout équilibrée ! Et le fait de n'être qu'entre hommes accentue ce déséquilibre. J'ouvre le fichier que Park m'a envoyé.

Park s'approche de mon bureau. En voyant l'image sur l'écran, il éclate de rire.

- Je me suis trompé de fichier. C'est la première esquisse !

- Tu vois ? C'est parce que tu travailles de la sorte que nous payons toujours le loyer en retard. Le temps d'envoyer le mauvais fichier, de venir jusqu'ici, de retourner à ton bureau et de m'envoyer le bon fichier, si j'ajoute le temps qu'il me faut pour l'ouvrir...


- Mais comme tu es nul en maths, il te faudra plus de temps pour faire le calcul que je n'en ai gaspillé, me rétorque Park.

- Un employé qui crie sur le patron, c'est quoi cette entreprise !

- Une bonne entreprise !


KIM JUNG-HYUKBus errant. Je n'ai toujours pas écrit les premiers mots.  quatre micro-fictions, une critique distrayante et osée de la société coréenne.

VENT D'EST / Ivan Sombre
chronique ICI

Titre original : Akkideuleui doseogwan. Trad. : Lee Seung-shin, Hwang Ji-young, Lee Tae-yeon, Jeong Hyun-joon, Aurélie Gaudillat. (comment traduit-on à cinq ?)

a set of knives (c'est quoi cette musique ?)

Karmacoma, Massive Attack
Whenever Richard meets his high school friends, people he pretended to know because friends were necessary as clothes - they made it less embarrassing to go out in public - he feels a twinge of self-consciousness, an embarrassed moment when he finds himself wondering what they know about his life now. It's not that he's ashamed about the fact that he is gay, quite so the contrary, he imagines rather fatuously that his preference marks him out, makes him part of a lineage of Baldwin, and Wilde, Shakespeare and Socrates, confirms some long-held but vaguely and never quite articulated sense that he is different from the others, born for some remarkable end, which he is only now beginning to suspect he is not.

In the psychology textbooks he had read during his medical training, he recognised this as a Napoleonic Complex, but nevertheless, the feeling has remained, haunting him, especially now when the first blush of youth has passed and his life is rusted with the emotional potholes that soon become one's path in life, and he can no longer imagine himself as anything other than what he is now - a respectable gay radiologist  with a handsome husband, a thirty-year mortgage, and a stable, loving, monogamous relationship from which he sometimes strays.

It is not embarrassment then, but something more like shyness that he feels at the prospect that once again, as throughout his schooling, people might imagine that they know him and are wrong. It's not as if he isn't out to his family, they have absorbed the news like leukocytes massing over a foreign body, surrounding it and making it their own. They have produced from the bourgeois surplus of their lives an excess of enthusiasm for Brian. Holiday cards come addressed to them both, as do invitations to Thanksgiving, a set of knives, his and his bath towels, flannel sheets printed with cartoon barnyard animals.



"l'anti-manuel d'éducation
sentimentale",
avis des INROCKS : ICI
Gravity, a story from Love, in Theory by E.J. Levy  (L'amour, en théorie. trad. Céline Leroy. Rivagesparution mai 2015) - a set of 10 short stories. smart, tender & funny : enjoyable!

exciting, enticing, liberating

photo © Éloïse Lièvre

 Je m'appelle Jane, Jane Birkin & Mickey 3d
A wholly new life awaited her here. After almost forty years of marriage, Isabel, like any woman, had made so many small compromises and concessions to align her view of what was desirable and necessary with her husband's view that she probably didn't know any longer what was desirable and necessary to herself alone. Jane understood how, suddenly cut loose from George's cautious, reticent nature, Isabel might find the idea of living here six months a year exciting, enticing, liberating. Becoming a snowbird was the really big thing, the thing that George himself would never have embraced. He might have been willing to try it out, but only to demonstrate what a bad idea it was.

(...) 

Quand elle réussit enfin à réfréner sa crise de rire, Jane déclara : "Tu te rends compte que quelqu'un dans le coin, a ton George dans une urne ? Mais si on rapporte celle-là à Digger, si on exige qu'il nous l'échange contre celle de George - en supposant qu'il sache seulement à qui il a donné George -, à quoi ça va servir ?"

Pour Isabel, tenter d'échanger ces cendres contre George n'avait aucun sens. Et non seulement ça n'avait pas de sens, mais c'était cruel envers ceux qui avaient George sans savoir encore qu'il ne possédaient pas là le corps incinéré de leur mari ou de leur père. Elle ajouta que probablement, à cette heure, George avait déjà été jeté dans le Gulf Stream depuis la poupe d'un bateau, ou bien il avait été disséminé dans les eaux vertes de la baie de Biscayne. Ou alors il avait son sanctuaire sur l'autel d'une salle de séjour, entouré de cierges, de statues de saints et d'orishas, de chaussons de bébé, de colliers de cauris et de pattes de poule. Ce qui aurait vraiment mis George en rogne. "Je commence à adorer l'idée que les cendres soient réellement quelqu'un. Un inconnu.

- Mais comment sais-tu que ce sont les cendres d'un homme? D'un mari ou d'un père, demanda Jane.

- Oh, je le sens. Tu le sens toujours, quand un homme est dans la maison. Il a tendance à pomper toute l'énergie disponible. 

- Bon, alors, qu'est-ce qu'on va faire de ces cendres? On ne peut quand même pas simplement les aspirer et puis jeter le sac de l'aspirateur dans le vide-ordures.

- Pourquoi pas?

- Ouais! Pourquoi pas?"



Snowbirds / Oiseaux des neiges, Russell Banks, A permanent member of the family / Un membre permanent de la famille, 12 nouvelles trad. Pierre Furlan, Actes Sud parution 2015. - du grand art... (difficile de dire quelle nouvelle je préfère, un énorme faible pour Christmas party / Fête de Noël. mais Big Dog est grand, et Transplantation émouvant, et Blue terrifiant, et et - post-it.)

CONCENTRATE

Banana Pancakes, Jack Johnson

At the grocery I told the guy in the white apron that I wanted oranges, boxes of them. He rounded up a couple of baggers and we filled the back of my little wagon. Cheap as they were, I was still about cleaned out at the cash register.

The man in the apron wanted to know what I was planning to do with all those oranges. "You can't freeze them," he told me. 

"I know," I said.

"Making marmalade?" he wanted to know.

"No," I said, "that's been done before."

"Well what are you going to do then?"

I smiled at him, sweet, and said, "None of your beeswax." Tommy giggled.

Riding home, the three of us cramped in the front seat, the whole car filled with the smell of those oranges. It smelled like a vacation, like Florida or something, and the kids were excited and laughing all the way.


I rumpled up Tommy's hair. "Running away!" I said. "Where'd you ever get an idea like that?" But he was embarrassed about that now and wouldn't say a word. He just pretended he didn't know what I was talking about. I never once thought of running away. But now the idea was there - foreign, but bright kind of, and shiny, like that of the smell of all those oranges, and I knew it wouldn't get away.


reading Dry Rain, Pete Fromm (Chinook, trad. Marc Amfreville, Éd. Gallmeister) - more later